MUSÉE ACC  - Interview de Jean Allexant par Pierre Lescure et Jean-Paul Bidegaray

Pierre et moi sommes allés rendre visite à une figure de l’ACC, Jean Allexant. Jean a longtemps été un membre actif de notre club, mais avec l’âge il lui est difficile d’être présent physiquement. Nous avons donc tenu à nous déplacer pour évoquer avec lui quelques souvenirs.

Ancien viticulteur, il vit aux portes de Beaune à Sainte-Marie-la-Blanche.

Notre dernière rencontre remonte à avril 2016 lorsque, lors d’un séjour en Bourgogne organisé par Pierre, tu nous avais rejoints à Châteauneuf-en-Auxois pour le repas de midi. Tu nous avais apporté des bouteilles de ce Beaune Grêves 1997 que nous dégustons à l’instant, comment vas-tu ?

Né le 8 avril 1930, j’ai donc 89 ans et, ma foi, je ne vais pas si mal. Je mène une vie saine même si je ne fais plus de vélo et ne nage plus, ce serait dangereux, à mon âge, de plonger, d’autant qu’il n’y a plus d’eau dans ma piscine, elle fuit ; je bois toujours un peu de bourgogne, mais pas plus d’une demi-bouteille par jour.

Comment as-tu commencé à faire du vélo ?

Avant mon service militaire j’ai couru en FFC au COD ; je m’entrainais peu. A l’époque le travail de la vigne n’était pas mécanisé, nous labourions avec un cheval et je ne disposais que de peu de temps. A à 48 ans je me suis mis au cyclotourisme, j’ai adhéré au Club de Beaune : Beaune Cyclos

Je me souviens nous avons longtemps roulé ensemble ; te rappelles-tu de notre intronisation aux « cinglés du Ventoux » ?

Oui, c’était en en septembre 1995 ; nous avions monté avec notre président les trois faces du Ventoux soit 136 km et 4.285 m de dénivelé en 10 h 40, repas compris ! J’ai là mon classeur avec les moments forts de ma carrière de cyclotouriste. Un regret, dans la descente vers Malaucène nous n’avons pas pu franchir la barre des 100 km/h, seulement 93 !

« Cyclotouriste de haut niveau » pourrais-tu dire. Tu es également « Fêlé du Grand Colombier 1» ?

Je suis même le doyen des grands maitres ; je l’ai gravi quatre fois en 1998, 2000, 2001 et 2002.

J’ai également fait quatre Paris-Brest-Paris, il m’a fallu 72 h 40 en 1987 et 76 h 10 en 1989. A titre de comparaison Charles Terron avait mis 71 heures 27 en 1891.

Et en 1985, un de mes meilleurs souvenirs : Paris-Roubaix Cyclo avec également en 2004 le tour de France cyclotouriste. J’ai fait de nombreuses cyclosportives, dont plusieurs fois la Louison Bobet, et bien sûr tous les brevets et randonnées que nous avons pu faire. Ah les grands brevets cyclos- montagnards où nous partions la journée pour plus de 200 km avec pas moins de 4.500 m de côtes !

Je garde aussi un souvenir ému des 24 heures Beaunoises auxquelles je participais avec mon club Beaune Cyclos et toujours avec mes camarades de club d’un Beaune-Saint-Jacques-de- Compostelle.

Quand as-tu arrêté ?

Le dernier grand col, je l’ai grimpé pour mes 80 ans ; il s’agissait du Galibier. Mais j’ai arrêté de rouler à la suite d’une mauvaise chute ; je perds l’équilibre en deçà de 10 km/h.

Dans quelles circonstances as-tu adhéré à l’ACC ?

Je ne me souviens plus exactement des problèmes cardiaques que j’ai rencontrés, j’ai adhéré à l’ACC en 2007, fêtons ça avec ce Pommard Chanlains de 1996.

Tu as toujours été féru de technique, pourrais-tu nous en parler ?

J’ai constaté que les cyclistes étaient souvent mal positionnés. Je suis un adepte de la vieille méthode du fil à plomb pour régler le recul de la selle. Un fil à plomb partant de l’extrémité du fémur doit tomber au centre de l’axe de la pédale ; bien entendu la hauteur de la selle doit avoir été réglée préalablement, le talon posé sur la pédale la jambe doit être tendue sans provoquer de déhanchement. Mais ce dont je suis fier, c’est de mon cintre ergonomique.

Allons le voir

Comme vous le constatez sur le prototype monté sur mon dernier vélo, son diamètre est plus gros que celui d’un cintre ordinaire, ceci pour avoir une meilleure et plus confortable préhension, il est légèrement cintré vers l’intérieur, pour tenir compte de l’angle du poignet ; sa forme en corne de vache procure une position aérodynamique tout en permettant une plus large ouverture de la cage thoracique. Ce prototype a été réalisé par les établissements Follis, un artisan de cycles lyonnais et a fait l’objet du dépôt d’un brevet.

Maintenant allons visiter ma cave, et mon caveau de dégustation, où j’ai reçu de nombreux cyclistes, amateurs et professionnels ; un Corton Vergennes 1990, nous y attend.

Merci Jean de nous avoir si bien reçus et nous ne manquerons pas de boire avec tes amis bretons le marc de Bourgogne que tu nous as chargés de leur transmettre.

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Le Grand Colombier est un col mythique du tour de France. Situé dans l’Ain, quatre routes accèdent à son sommet. Une confrérie regroupe ses « amateurs », est membre celui qui l’a gravi deux fois, (versants est et ouest), maitre pour trois ascensions et grand maitre pour quatre ascensions, soit pour les quatre faces un total de 138 km et 4.806 m de dénivelé, le tracé le plus dur comporte une pente à 22%.

Les 24H beaunoises est une épreuve, certes moins connue que les 24 heures du Mans, dont elle s’inspire, qui se déroule sur un circuit de 1,150 km que les meilleurs parcourent pas moins de 600 fois ; elle se court sur des « tandems » à quatre roues dont le poids ne peut descendre en dessous de 65 kg, ces machines sont plus ou moins décorées selon un thème fixé chaque année par les organisateurs, elle attire environ 25.000 spectateurs.

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Reportage de Pierre LESCURE et Jean-Paul BIDEGARAY - crédits photographiques Pierre LESCURE            Avril 2019

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